Le vétérinaire soigne l’animal, mais travaille avec l’humain : pourquoi la communication est une compétence clé du métier
Le métier de vétérinaire, c’est avant tout de la médecine : poser un diagnostic, proposer un traitement, soulager la douleur, accompagner un animal tout au long de sa vie.
Mais dans la réalité quotidienne des cliniques, il y a autre chose qui prend énormément de place : la relation avec les propriétaires.
La communication avec les propriétaires structure environ 60 % de votre journée, conditionne la réussite de vos prises en charge, et reste la première cause d’épuisement professionnel. Pourtant, elle n’est presque jamais enseignée…
Pourquoi c’est l’une des dimensions les plus complexes de la profession
Contrairement à la médecine humaine, votre patient ne parle pas.
Le vétérinaire soigne l’animal, mais doit expliquer, rassurer et convaincre quelqu’un d’autre : le propriétaire. Et toute la consultation repose sur cet équilibre parfois fragile.
Le diagnostic se construit sur :
Ce qui est observé cliniquement, mais aussi sur ce que raconte le propriétaire, ce qu’il a vu, ce qu’il a interprété.
Et ces informations sont souvent :
- incomplètes (« je ne sais pas, je n’ai pas fait attention »),
- subjectives (« il n’a pas l’air dans son assiette »),
- déformées par l’émotion, la peur ou la culpabilité.
- Une charge émotionnelle qui pèse sur le praticien
Un propriétaire ne vient jamais consulter de manière neutre. Il arrive inquiet. Parfois angoissé. Parfois déjà culpabilisé de ne pas avoir vu plus tôt, ou de ne pas comprendre ce qui se passe.
Et cette charge émotionnelle, c’est le vétérinaire qui la reçoit. Qui l’absorbe. Qui doit la gérer, en plus du raisonnement médical.
C’est ce qui rend la relation beaucoup plus complexe que dans d’autres professions de santé.
Ce qui se passe vraiment dans la tête du propriétaire pendant la consultation
Un cocktail émotionnel qui brouille tout…
Quand un propriétaire franchit la porte de la clinique, il n’est jamais en mode « neutre ». Son animal va mal, et lui est déjà dans un état émotionnel particulier.
Dans cet état, sa capacité à entendre, comprendre et décider rationnellement est fortement diminuée. Il peut vous poser trois fois la même question. Retenir une information et la déformer cinq minutes après.
Face à cette perte de contrôle, le propriétaire développe des attentes – souvent irréalistes :
- Il veut une réponse immédiate
- Il attend que vous « sauviez coûte que coûte »
- Il vous transfère toute la responsabilité de la situation
- Parfois, il devient agressif ou tombe dans le déni
Résultat : le vétérinaire devient le réceptacle de toute cette angoisse. Même quand ce n’est pas justifié.
Les principaux types de propriétaires rencontrés en clinique
Il ne s’agit pas de « classer » les propriétaires dans des cases. Juste de reconnaître des modes de fonctionnement face à l’anxiété. Et de savoir qu’un même propriétaire peut passer d’un profil à l’autre selon la gravité de la situation.
1.Le partenaire rationnel
- Il pose des questions pertinentes.
- Il comprend les limites de la médecine.
- Il fait confiance tout en restant acteur.
Comment adapter votre approche :
- Aller droit au but.
- Partager le raisonnement médical.
- Le traiter comme un partenaire, pas comme un simple exécutant.
2.Le « Docteur Google »
- Il arrive avec un diagnostic trouvé en ligne.
- Il remet en question vos propositions.
- Il cite articles, forums et témoignages.
Ce qu’il cherche surtout : reprendre du contrôle sur une situation qui lui échappe.
Comment adapter votre approche :
- Valoriser sa démarche (« c’est bien de s’être renseigné »).
- Recontextualiser sans ridiculiser (« c’est vrai, mais dans un autre cadre »).
- L’impliquer dans la décision plutôt que le contredire frontalement.
3.Le propriétaire en panique
- Il est submergé par l’émotion.
Il n’entend qu’une partie de ce qui est dit.
Il peut sembler incohérent. - Avant toute explication médicale, il a besoin d’être apaisé.
Comment adapter votre approche :
- Ralentir le rythme.
- Reformuler souvent.
- Éviter le jargon.
Donner des repères concrets et immédiats (« voilà ce qui va se passer maintenant »).
4.Celui qui négocie sur tout
- Il hésite, il tergiverse, il demande si « c’est vraiment nécessaire ».
- Il peut être perçu comme radin ou de mauvaise foi.
- En réalité, il est souvent face à un vrai dilemme financier qu’il n’ose pas exprimer.
Comment adapter votre approche :
- Être clair sur les coûts dès le départ.
- Hiérarchiser les options (essentiel / recommandé / optionnel).
- Proposer, quand c’est possible, une prise en charge progressive.
5.Le propriétaire agressif
- Il attaque, accuse, remet en doute vos compétences.
- Il cherche un responsable à blâmer.
- Derrière l’agressivité, il y a souvent une peur ou une détresse qu’il ne sait pas formuler autrement.
Comment adapter votre approche :
- Ne pas répondre sur le même registre émotionnel.
- Reposer calmement un cadre.
- Recentrer l’échange sur l’animal et les faits.
- Mettre une limite claire : comprendre ne veut pas dire tout accepter.
Le rôle de la clinique, du management et de l’équipe
La communication avec les propriétaires ne doit pas reposer uniquement sur le vétérinaire en consultation.
Trop souvent, le praticien se retrouve seul face à un propriétaire difficile, seul à gérer l’escalade émotionnelle, seul à encaisser l’agressivité.
Or, la communication avec les propriétaires est une composante du fonctionnement global de la clinique.
Ce qu’une clinique peut mettre en place concrètement
1. Préparer le terrain en amont
La communication commence avant la consultation : sur le site internet, la fiche Google, les réseaux sociaux, au téléphone.
Ce qu’il faut expliquer clairement :
- Comment se déroule une consultation
- Pourquoi certains examens sont nécessaires
- Comment se construit le prix
- Que la médecine a ses limites
Les propriétaires arrivent avec des attentes réalistes. Moins de tensions.
2. Standardiser le discours
Arrêter le « chacun fait comme il peut ». Mettre en place des formulations communes, des scénarios d’explication partagés par toute l’équipe.
Ça protège le vétérinaire, diminue la charge mentale, renforce la confiance.
3. Montrer, pas seulement dire
Un propriétaire stressé retient 20 % de ce qu’on lui dit, 80 % de ce qu’il voit.
Les outils : schémas anatomiques, affiches pédagogiques, écrans, check-lists visuelles.
4. Former l’équipe à la communication
On forme aux gestes techniques. Il faut aussi former à :
- Annoncer une mauvaise nouvelle
- Gérer l’agressivité
- Aborder sereinement les questions financières
5 points À retenir :
- 60 % de votre charge mentale vient de la gestion des propriétaires, pas de la médecine
- Une personne en panique ne peut pas prendre de décision éclairée – apaiser avant d’expliquer
- Les comportements difficiles cachent souvent de la peur ou de la détresse – décoder avant de réagir
- Les supports visuels diminuent les tensions de 30 à 40 % – investir dans des outils simples
- La communication doit être structurée collectivement – ne jamais rester seul face au problème
Chez Smartemis, nous sommes convaincus que le bien-être des vétérinaires passe aussi par la qualité de leurs relations avec les propriétaires.
Nous accompagnons les praticiens de notre réseau avec :
- des outils concrets,
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- des solutions organisationnelles qui marchent vraiment,
- tout en préservant l’indépendance médicale et professionnelle de chaque clinique et de chaque vétérinaire.
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